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Statut juridique

Micro-entreprise, EURL, SASU : à quel moment change-t-on de structure ?

La micro-entreprise suffit à la grande majorité des créateurs au démarrage. Elle devient pénalisante bien plus tôt qu'on ne le croit, et pas seulement à cause des plafonds. Voici les seuils 2026, les vrais signaux de bascule et les repères chiffrés pour trancher.

Lecture 9 min À jour en 2026

Presque tous les créateurs commencent en micro-entreprise, et c'est un bon choix : quelques minutes pour s'immatriculer, une déclaration de chiffre d'affaires par mois ou par trimestre, aucun bilan à établir. Le problème n'est pas le régime, il est dans le moment où on le quitte. Trop tôt, on s'impose une comptabilité et des cotisations dont on n'a pas besoin. Trop tard, on paie des cotisations sur un chiffre d'affaires dont une part croissante n'est jamais entrée dans sa poche. Voici comment repérer le bon moment.

Trois structures, trois logiques

Premier point à clarifier, car il crée beaucoup de confusion : la micro-entreprise n'est pas une forme juridique. C'est un régime fiscal et social simplifié qui s'applique à une entreprise individuelle. Vous et votre activité formez une seule et même personne, l'impôt se calcule sur votre chiffre d'affaires après un abattement forfaitaire (34 % pour une activité libérale en BNC, 50 % pour une prestation de services commerciale, 71 % pour la vente de marchandises), et vos cotisations sont un pourcentage fixe de vos encaissements.

L'EURL est une société à associé unique. Elle est soumise à l'impôt sur le revenu par défaut lorsque l'associé unique est une personne physique, avec option possible pour l'impôt sur les sociétés. Son gérant associé unique est travailleur non salarié (TNS).

La SASU est une société par actions à associé unique, soumise de plein droit à l'impôt sur les sociétés. Son président est assimilé salarié : bulletin de paie, régime général de la Sécurité sociale, mais aucune assurance chômage.

Conséquence pratique souvent ignorée : sortir du régime micro n'oblige pas à créer une société. Vous pouvez rester entrepreneur individuel et passer au régime réel, avec une comptabilité complète et des charges déduites pour leur montant exact. Le passage en société répond à d'autres questions : séparation des patrimoines, arbitrage entre rémunération et dividendes, capacité à accueillir un associé, valorisation de l'activité.

Les plafonds de la micro-entreprise

Les seuils ont été revalorisés pour la période 2026 à 2028. Pour rester au régime micro, votre chiffre d'affaires hors taxes ne doit pas dépasser 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales, ou 203 100 € pour la vente de marchandises et de produits. En activité mixte, le chiffre d'affaires global se compare à 203 100 €, la part de prestations restant limitée à 83 600 €.

La sortie n'est pas immédiate : elle intervient au 1er janvier suivant deux années consécutives de dépassement. Un créateur qui dépasse en 2026 puis en 2027 relève donc du régime réel à compter du 1er janvier 2028. Attention en revanche à la première année d'activité, où les seuils sont proratisés en fonction de la date de début.

Un point propre à notre métier mérite d'être souligné. Les contreparties en nature reçues dans le cadre d'un partenariat (produits, séjours, prestations) constituent une recette imposable pour leur valeur, au même titre qu'un virement. Elles entrent donc dans le calcul du chiffre d'affaires, et rapprochent du plafond des créateurs qui se croyaient loin de la limite.

La TVA, le premier vrai palier

Dans les faits, ce n'est presque jamais le plafond du régime micro qui se présente en premier, mais celui de la franchise en base de TVA. Pour une activité de prestations de services, il est fixé à 37 500 € en 2026, avec un seuil de tolérance à 41 250 €. Pour la vente de marchandises, les montants sont respectivement de 85 000 € et 93 500 €.

Le mécanisme mérite d'être connu précisément. Si votre chiffre d'affaires dépasse 37 500 € sans franchir 41 250 €, vous restez en franchise jusqu'au 31 décembre et facturez la TVA à compter du 1er janvier suivant. Si vous franchissez 41 250 € en cours d'année, la TVA s'applique dès le premier jour du dépassement. Une facture émise sans TVA alors qu'elle était due se régularise, mais rarement de façon confortable.

Pour un créateur, cette bascule est moins douloureuse qu'il n'y paraît : vos clients annonceurs sont assujettis et récupèrent la TVA, et vous récupérez à votre tour celle de votre matériel, de vos logiciels et de vos prestataires. La vigilance porte sur les revenus encaissés auprès de particuliers, formations et produits en tête, où la TVA vient rogner votre marge si vos prix n'ont pas été revus.

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Le seuil de TVA n'est pas un seuil de sortie du régime micro. Ce sont deux dispositifs indépendants : on peut parfaitement rester micro-entrepreneur en facturant la TVA, et beaucoup de créateurs se trouvent dans cette situation pendant plusieurs années. En revanche, c'est le bon moment pour réexaminer l'ensemble, car les obligations déclaratives augmentent sans qu'aucun avantage du régime micro ne progresse.

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Le signal décisif : vos charges

Le vrai déclencheur n'est pas un plafond, c'est un rapport. En micro-entreprise, l'administration considère que vos frais représentent forfaitairement 34 % de votre chiffre d'affaires en BNC, quels que soient vos frais réels. Le test tient en une phrase : comparez vos charges professionnelles réelles à ce forfait. Tant que vos frais sont inférieurs, le régime micro vous est favorable. Dès qu'ils le dépassent durablement, vous payez de l'impôt sur un bénéfice que vous n'avez pas réalisé.

Le second effet est plus lourd encore, et il est social. Vos cotisations sont assises sur le chiffre d'affaires encaissé, pas sur votre bénéfice. En 2026, le taux applicable aux activités libérales non réglementées relevant de la Sécurité sociale des indépendants est de 25,6 % du chiffre d'affaires (21,2 % pour une prestation de services commerciale, 12,3 % pour la vente). Un créateur qui encaisse 70 000 € et en dépense 30 000 € en montage, matériel, studio et déplacements cotise sur 70 000 €, exactement comme celui qui n'a presque aucun frais.

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Le calcul à faire une fois par an : additionnez vos frais professionnels réels de l'année et comparez le total à 34 % de votre chiffre d'affaires. Sur 70 000 € de recettes, l'abattement représente 23 800 €. Avec 8 000 € de frais réels, restez au micro. Avec 30 000 € de frais réels, le régime vous coûte de l'argent tous les mois. Pour savoir ce qui est réellement déductible, voir notre article sur les frais déductibles.

EURL ou SASU : ce qui les sépare

Une fois la société décidée, l'arbitrage se joue presque entièrement sur le statut social du dirigeant et sur le traitement des dividendes.

En EURL, le gérant associé unique est TNS. Ses cotisations représentent de l'ordre de 40 à 45 % de sa rémunération nette, pour une protection sociale plus légère, en particulier en matière de prévoyance. Point de vigilance majeur : la fraction des dividendes qui excède 10 % du capital social, augmenté des primes d'émission et des sommes laissées en compte courant d'associé, est soumise aux cotisations sociales comme une rémunération. Avec un capital de 1 000 €, l'exonération porte sur 100 € : autant dire qu'elle n'existe pas.

En SASU, le président est assimilé salarié. L'enveloppe de cotisations, part patronale et part salariale confondues, se situe plutôt entre 75 et 82 % de la rémunération nette, en échange d'une couverture alignée sur celle d'un cadre. En contrepartie, les dividendes ne supportent aucune cotisation sociale, quel que soit leur montant : ils sont soumis au prélèvement forfaitaire unique, dont le taux est passé à 31,4 % au 1er janvier 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), sauf option pour le barème progressif avec abattement de 40 %.

Côté société, le bénéfice soumis à l'impôt sur les sociétés est taxé à 15 % jusqu'à 42 500 € puis à 25 %, sous réserve de remplir les conditions du taux réduit, dont un capital entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques.

Un dernier élément, décisif pour beaucoup de créateurs : en SASU, l'absence de rémunération signifie aucune cotisation, donc aucun droit et aucun trimestre de retraite validé. Le gérant d'EURL, lui, reste redevable de cotisations minimales même sans revenu, ce qui lui ouvre des droits. L'articulation avec une éventuelle allocation chômage en cours s'examine au cas par cas, car elle dépend de votre situation auprès de France Travail.

Six signaux de bascule

En pratique, la question mérite d'être posée dès qu'une de ces situations apparaît :

  1. Vous approchez du plafond : deux années de dépassement suffisent, et il faut avoir anticipé bien avant la deuxième.
  2. Vos charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire : c'est le signal le plus fiable, et le plus souvent négligé.
  3. Vous investissez lourdement : studio, caméras, ordinateurs, décors. Au réel, ces investissements s'amortissent et leur TVA se récupère, deux leviers inexistants en micro.
  4. Vous travaillez avec des tiers de façon récurrente : monteur, assistant, community manager. Le passage en société clarifie les flux et sécurise le cadre.
  5. Vous vendez vos propres produits ou vos formations : stocks, marges, TVA et parfois bascule d'une logique BNC vers une logique BIC.
  6. Vous préparez un projet patrimonial ou une cession : achat immobilier, création d'une holding, valorisation de votre activité. Une entreprise individuelle ne se transmet pas dans les mêmes conditions qu'une société.

Le bon moment n'est pas celui où vous dépassez un seuil : c'est celui où le régime que vous subissez vous coûte plus qu'il ne vous simplifie la vie.

Les erreurs à éviter

Attendre le dépassement pour s'en occuper. Les bascules prennent effet au 1er janvier ou au jour du dépassement selon le dispositif concerné. Une décision prise en décembre se subit, une décision prise en septembre se prépare.

Créer une société « pour payer moins d'impôts ». Le seul chiffre qui compte est ce qui arrive sur votre compte personnel, après cotisations, impôt sur les sociétés et imposition des dividendes. Une société mal calibrée coûte plus cher qu'un régime micro imparfait, frais de tenue comptable et de dépôt des comptes compris.

Constituer une EURL avec un capital symbolique tout en prévoyant de se verser des dividendes. La règle des 10 % rend alors la distribution presque intégralement soumise à cotisations. Cela s'anticipe au moment de la constitution, pas après.

Ouvrir une SASU sans se verser de rémunération pendant plusieurs exercices. Vous conservez votre trésorerie dans la société, mais vous ne construisez aucun droit social pendant ce temps.

Oublier les conditions de l'aide au démarrage. Pour les micro-entreprises créées depuis le 1er juillet 2026, l'exonération ACRE a été ramenée de 50 % à 25 %, et la demande doit être déposée auprès de l'Urssaf dans un délai strict après le début d'activité. Le calcul de la première année n'est plus celui que l'on trouve dans la plupart des contenus en ligne.

Se faire accompagner

Ce choix ne se tranche pas à la lecture d'un tableau comparatif : il se tranche sur vos chiffres. Nous établissons une simulation chiffrée comparant votre situation actuelle et les scénarios envisageables, avec le revenu net réellement disponible dans chaque cas, le coût de la structure et son incidence sur votre protection sociale. Nous prenons ensuite en charge la bascule : constitution, calibrage du capital, choix du régime fiscal, politique de rémunération, mise en conformité déclarative.

Un point de calendrier à ne pas manquer si vous créez une structure ces prochaines semaines : depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie à la TVA, y compris en franchise en base, doit être en mesure de recevoir ses factures par voie électronique via une plateforme agréée. Autant l'intégrer dès la création plutôt que d'y revenir ensuite.

Pour compléter, voir aussi nos articles sur comment fixer ses tarifs de partenariat et sur les droits à l'image et ce que vous cédez, ainsi que notre accompagnement juridique.

Votre structure est-elle encore la bonne ?

Cet article donne des repères généraux. Pour un arbitrage chiffré sur votre activité de créateur, échangeons : premier rendez-vous gratuit et sans engagement.